Je dédie ces quelques pages à Colette qui m’a aidé et incité à entreprendre ce voyage aux antipodes, bien qu’il lui en coûtât, je présume.
Je lui dois la concrétisation d’un rêve d’enfant enfoui pendant 47 années, qu’elle a su extraire de cette léthargie sans le savoir mais en discernant le secret désir qui commençait à sourdre de ma mémoire.
Le 06 10 1994, j’ai découvert à posteriori que je devais connaître cette aventure, elle était inscrite, programmée depuis ma plus tendre enfance et toujours présente dans mon subconscient.  “ Coq hardi “, c’est tout un symbole; que ne voit - on point ce superbe gallinacé, notre emblème  national, fier,   altier, agressif dans le bon sens du terme, se pavaner sur le gazon au cours de rencontres sportives internationales, représenter tout un   pays, une nation.
“Coq hardi” est sans aucun doute l’élément déterminant de la première tranche de ma vie d’homme.
Revenons sur terre et en Guyane. “Coq hardi”, illustré hebdomadaire des années 47 narrait en particulier une aventure que je lisais avec délectation, elle m’effrayait et était à l’origine de mes cauchemars.
Il s’agissait des " écumeurs du maranon” avec les boucaniers de l’île de la tortue, les Caïmans, et .............

Ces quelques pages  auront un titre:

                           LES  ECUMEURS  DE  L’ININI

Où la folle équipée de deux sarthois qui veulent jouer aux Amérindiens.
Je les dédie également à Bernard, l’initiateur, la cheville ouvrière de notre odyssée, mon compagnon d’infortune,
(les lingots dorment encore au fond de l’Inini), toujours d’humeur égale, discrète mais efficace, (piranha de 3 kg) et généreux dans l’effort. A  quitté la terre guyanaise avec un grand regret, ce qui peut  justifier à mon avis un troisième voyage avec pour thème unique :  « le singe hurleur ».




                          LES ECUMEURS DE L’ININI

Samedi,  10 09 1994 - Le Mans 14 heures

Je ne ressens ni la joie ni l’exaltation du départ vers un pays lointain, vers l’inconnu.
Je ne suis pas triste,  seulement mélancolique, je te quitte pour deux semaines,  peut-être vaut -il mieux que tu ne viennes pas à la gare.
Sven m’invite à prendre un café, ultime recommandation :
attention aux Caïmans, ils attrapent leur proie, l’enfouissent dans la vase et la dégustent en état  de décomposition avancée. Merci Sven.
Au revoir ma chérie, je t’aime.

Dimanche 11 09 1994

Départ Orly sud, 11 heures  30 (une heure de retard, bagages suspects en trop).
Bienvenue à bord avec le Ti-Punch, A O M oblige.
Vol agréable, arrivée Cayenne  15 heures, (décalage horaire: 5 heures),.

 

 

Rochambeau

Je ne connaissais pas Bernard sous cet angle. À peine arrivé à l’aéroport de Rochambeau, il se précipite vers le bar.

Une  large bande jaunâtre ourle la côte, ce sont les alluvions déversées par les fleuves  Amazone, Oyapok, Approuage, Mahury, Sinnamary et Maroni pour les plus importants. Température : 31° à l’ombre.
Nous louons un véhicule et nous dirigeons vers l’hôtel la «  Chaumière » situé à mi-distance entre l’aéroport de Rochambeau et Cayenne, où nous sommes attendus.
Configuration géographique : en bordure de mer une étroite bande de terre rouge, au-delà, la  forêt, elle est présente à quelques centaines de mètres et exerce déjà sur moi un mélange irraisonné d’envie  :  la découvrir immédiatement,   la vaincre, mais aussi de respect car elle impressionne.

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Hôtel  « La Chaumière », des fleurs à faire rêver Colette

Des mygales traversent la route goudronnée ...................
Lapsus ....... La route “colassée”, (  c’est l’entreprise COLAS  qui a effectué les travaux (nous sommes en Guyane) .
Notre correspondante à “Saut Sonnelle” , Madame Lassort nous rend visite, accompagnée de Mireille (guide et amie de J.R.). J’ai le sentiment que ce qui nous est concocté est à la hauteur de mes espérances.
Une petite ombre au tableau - un intrus - qui plus est, un Sarthois, va perturber un tantinet notre emploi du temps.
Jacques Bouillaut, le maître incontesté de la jungle est parmi nous. Accueil enthousiaste, c’est un “pays”.
La piscine est à deux pas, température idéale.

Lundi   12 09 1994  15 heures

 

 

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Hôtel « La Chaumière », déjà Bernard veut grimper aux arbres,je l’en empêche , bien sûr. 

Bernard se repose, il n’a guère dormi cette nuit.
À six heures ce matin, heure à laquelle il commençait à ronfler, je tambourine à sa porte pour qu’il vienne se baigner avec moi, (l’avenir appartient aux hommes qui se lèvent tôt), pas de réponse, je fais sonner à sa chambre, rien, il dort du sommeil du juste, le bougre.
Matinée réservée à la visite de la capitale, il fait très chaud, temps nuageux, un peu d’air maritime, la ville est sale, mélange de population (blancs, noirs, jaunes), mélange d’odeurs, senteurs de parfums  exotiques divers.

 

 

 

 

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Cayenne : place des palmistes, anciennement place de la savane. Les palmistes sont originaire de Rio de Janeiro, et un de ceux-ci connut une renommée internationale, car il eut la singulière particularité de croître avec deux têtes : c’est le fameux « Palmier bifide ».

Après la sieste réparatrice de Bernard, nous préparons les sacs à dos, c’est - à - dire que nous entrons dans le vif du sujet et commençons à entrevoir la dure réalité.................
Ma chérie tu es allée à la brocante de  Fercé dimanche, erreur, c’est dimanche prochain, signé Colette ..................

Mardi 13 090 1994

Adieux déchirants, j’ai failli y laisser la patte du pantalon. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, je n’ai pas fait la conquête d’une Brésilienne mais d’une Allemande.
Elle me saute au cou, se permet de cacher une de mes chaussures, me lèche le visage, se couche à mes pieds, c’est  “Bunky” , jeune chienne berger Allemand.

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Nous volons vers Maripasoula, au-dessous de nous : la forêt, que la forêt.

Je n’ai pas craqué, ma chérie. 9 heures 30 nous décollons de Rochambeau pour Maripasoula, une heure de vol, pilote et copilote opèrent avec beaucoup de désinvolture, ce sont des purs produits du cru. En bas la forêt, rien que la forêt, toujours la forêt.



  A_rodrome_de_Maripasoula         

Aérodrome de Maripasoula, les passagers attendent le coucou, assis  sur leur valise, sous un arbre.

Maripasoula, 1700 habitants, des “bonis” ”(noirs, ex -esclaves), quelques blancs. Les rue ne sont pas “Colassées” il a plu, de la boue rouge, les amortisseurs du  ““Voyagers”  ont rendu l’âme certainement au premier voyage, chaleur humide.
La pirogue nous attend, amarrée en contre - bas, près de la gendarmerie.

 

 

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Le Maroni, cap sur Saut-Sonnelle. On sent une confiance inébranlable animer cet homme au regard droit et conquérant

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