Air_Guyane___Maripasoula

Non, ce n’est pas une farce, ni un gag, ni une plaisanterie. Point n’est besoin d’air conditionné, de tapis roulants, il s’agit bel et bien de l’aéroport international de Maripasoula, et si la bicoque est à l’image du village, l’hôtesse, par contre est très, très, très charmante.

Destination “Saut Sonnelle”, trois quarts d’heure de pirogue, une partie du Maroni et ensuite l’Inini.



Qui_mire_son_front




               Je sais une forêt au fond d’laGuyane
               Qui mire son front dans le fond des eaux
               Dans l’eau claire d’une rivière…



      





un_saut   

Sur l’Inini, au fond la barrière rocheuse au milieu du fleuve, on              appelle cela un « Saut »


Jean_Robert



Jean-Robert, le regard scrutateur : est amoureux de sa forêt, de son fleuve, et de … Mireille.




arriv_e___Saut_Sonnelle


 


Arrivée à « Saut-Sonnelle ». Dans ces eaux tourbillonnantes et tumultueuses, il faut pousser le moteur à fond pour forcer le passage du rapide (saut) entre deux rochers. Un travail d’orfèvre (la région s’y prête).


Saut_Sonnelle__l__den


Nous arrivons dans un paradis verdoyant, pelouse, bananiers, citronniers, etc. au beau milieu de la forêt primaire, d’apparence tranquille, mais qui suscite chez moi beaucoup d’interrogations.
Nous faisons la connaissance de J.R.     (Jean-Robert, le guide), Tatie, (  sa tante), Bruno le cuisinier, et Patt l’Irlandais.
Déjeuner de bienvenue, cuisine excellente, tipunch midi et soir, il faut chasser les moustiques. Tatie est envahissante et adorable, elle parle beaucoup, je lui pardonne eu égard à son âge.
Après - midi, petite ballade en forêt avec Patt pour se dégourdir les jambes.
Première nuit dans un “carbet”, retrouvailles avec le hamac.







   

« Saut-Sonnelle » : l’Éden au beau milieu de la forêt tropicale est
devenu territoire de la verte Érin où Patt y a planté son carbet. Il peut même chanter :  « Un oranger sur le sol irlandais… ». Certains soirs, il doit même voir défiler des éléphants blancs.

Mercredi 14 09 1994

Bien dormi, rien entendu, rien vu. Je commence à ne plus supporter Bernard, mes ronflements à ses dires ont fait fuir les singes hurleurs, il est de mauvaise foi. Il est 8h30, le ciel est bleu et il fait déjà très chaud. J.R. a  une crise de palud, il nous assure être guéri dans deux jours, nous voilà rassurés.
Nous visitons un village indien sur l’Inini, Ted Amali. Un coin de forêt est défriché (brûlis) ,  quelques carbets (huttes) ,  quatre à cinq familles vivent de la pêche, de la chasse, cultivent des tubercules, plantent des bananiers, servent de guides, encore faut - il les solliciter d’une manière pressante car ils sont très oisifs mais certainement très heureux.
Nous achetons de leur pain (cassave), le seul qui peut supporter une expédition en forêt et sur le fleuve car il est dur comme le bois d’angélique. Il faudra m’expliquer pourquoi ce prénom féminin doux et tendre comme la rosée du matin a été donné à un bois dur comme de l’acier trempé.
Nous visitons également une exploitation d’orpailleur, toujours sur l’Inini, leur moteur est en panne.Les explications sont en Anglais (le Guyana n’est pas loin) sur le fonctionnement, heureusement   Patt nous traduit ... en Irlandais....... :
Une pompe aspire, quand elle n’est pas en panne, l’eau du fleuve, celle - ci est déversée dans une tranchée et mélangée à la terre pour former un magma de boue, une autre pompe aspire ce magma pour le diriger sur un tamis.
Combien d’or ?  Un sourire évasif pour seule réponse......
À  notre tour, nous nous déguisons en chercheur d’or dans un autre endroit seul connu de Patt mais avec des moyens beaucoup plus obsolètes : pelle, battée, seau.
Savez-vous qu’il faut extraire un mètre cube de terre pour récupérer un gramme d’or, dur labeur pas cher payé, il vaut mieux travailler à la caisse d’épargne. Patt a trouvé une paillette, mon seau est plein, dix kilos de terre boueuse, deux litres de sueur, un mètre cube, combien de litres ? Récompense : une paillette d’or dans la battée.
Et s’il n’y avait que la transpiration ?.......
Bernard n’a a pas oublié sa caméra, peut- être nous filme-t-il ? Non point, il est très affairé, c’est moi qui aurais dû le filmer. Il se frappe, se cogne, se gifle, se flagelle, s’invective, jure, tempête, crie,
gesticule, se contorsionne, vilipende, peut -être a - t - il déjà attrapé la “ dengue “?
Non, autour de lui c’est une ronde infernale, effrénée, une nuée de taons qui le harcèle, le pique, le taraude.
Pour Bernard la clé de la réussite, c’est d’investir dans une combinaison de scaphandrier.
Un groupe de trois personnes nous a rejoint et nous partons découvrir un itinéraire encore visible tracé par les Aztèques. Les dames commencent à paniquer, notre guide, l’inénarrable, le légendaire Patt donnant l’impression de s’être perdu.

Patt_et_JCB

Deux hommes au cœur tendre et de très bonne éducation… Patt et Balisson cueillent des fleurs sur le bord de l’inini au risque de leur vie pour les offrir… Au choix : La Habenaria Militaris, l’Ondontonia Salam, la Laclio Cattlya Sortilège, la Gastrorchis Françoisii.

Patt a la mine sombre, j’ai su par J.R. que la Tatie, au demeurant charmante avec ses hôtes a un contentieux avec l’Irlandais et surveille de très près sa consommation de tipunch et de vin.
Une visite à Tolinga est prévue, le visage de Patt s’éclaire puis s’illumine quand il apprend qu’il doit nous y convoyer, le pauvre, il ne sait pas encore.
Tolinga, un autre petit paradis en construction, genre quatre étoiles avec chambres climatisées. Un couple de métros sue sang et eau, c’est un travail de titan et je leur souhaite de réussir. Je suis chargé de mission par J.R. de ne pas servir de tipunch à Patt. Au retour il accroche une branche avec l’hélice, peut - être ai - je  eu tort . Que peut - il bien se passer dans sa trogne d’Irlandais, ce soir, il est plus sombre que la forêt à minuit.
Bernard désespère, toujours pas de singes hurleurs.
Ma chérie, que tu es loin, je pense à toi, je t’aime.
Un nouvel hôte et non des moindres, notre maître à tous, le jungle man à la barbe blanche, tenue de brousse, petit  mais râblé, ,  le vétéran de la pampa, l’ancêtre de la savane, l’antédiluvien de la forêt amazonienne, le dinosaure de la steppe, il est là, parmi nous, je le nomme :
Jacques Bouillaut. À peine arrivé il déniche une mygale. Émoi dans l’assistance, une mygale? Où était - elle? Et lui, suavement, en direction de ces dames : dans la douche.
Cris d’effroi, il a bien réussi son entrée. Il est vif, pour son âge, brillant, narre admirablement, nous sommes suspendus à ses lèvres et il le sait le mécréant, tout y passe, du roi de la jungle au plus petit insecte, du grand méchant loup à la tendre gazelle en passant par sa nuit d’amour avec la plus jeune des filles du chef du village, la soirée est à lui et tout le mérite lui revient.  .........Bravo Jacques...................
Il s’endort dans un hamac à côté du mien, le sourire aux lèvres, heureux et tout un monde d’animaux les plus divers, les plus féroces, des plus venimeux aux plus doux et gentils va peupler ses rêves... Merci Jacques....

Jeudi 15 09 1994

Un crapaud et les  ronflements sonores de Bernard, ronflements dus aux tipunchs absorbés en trop grande quantité, m’ont réveillé cette nuit.
Aujourd’hui chasse et pêche avec Wahinou, un indien venu avec sa femme et ses deux enfants et qui a bien voulu servir de guide.

Famille_d_am_rindiens


Une famille d’amérindiens : Wahinou et son épouse, Thomé-Thomé, le jeune garçon et Agnès sa petite sœur. Ils sont venus pour quelques jours à « Saut-Sonnelle » pour y faire quelques travaux, et nous ferons une sortie chasse-pêche avec le père et le fils.

Chasse : néant, pêche : néant.



Piranha

Retour à Saut Sonnelle, Bernard se fâche, prend sa ligne, amorce avec ce qui lui tombe sous la main, une aile de poulet et tire un monstre, un Piraye (Piranha) de trois kilos, le tout en cinq minutes. On dit que la colère est mauvaise conseillère. Monsieur pavane devant les dames béates d’admiration (pour le Piraye). Peut - être croit - il encore aujourd’hui qu’il était le centre d’intérêt, le héros. Pauvre Bernard.
Tout est filmé, le Piraye, Bernard il manque   F.R.3.
Je n’ai pas tous ces honneurs, mon Piraye ne pèse que 200 g.

 

L’écumeur prédateur et sa proie : un Piranha de 3 kilos. Sourire crispé, non point par l’effort, mais par la trouille.

Nous descendons à Maripasoula pour téléphoner à Andrée et à Colette, nos deux chéries que nous savons éplorées et inconsolables. Les mauvaises langues diront que le prétexte était de boire une bière bien fraîche.
Retour de nuit sur le fleuve - superbe mais angoissant.
Demain la grande aventure, le sac est prêt : 12 kg environ.

Vendredi 16 09 1994 ........   LA FORET ............................

Nous progressons à partir de Saut Sonnelle, de la rive opposée dans un layon (sentier balisé) ,  J.R . le guide, Mireille l’autre guide, Bernard  et moi ;
Marche difficile, terrain accidenté aux multiples embûches.
Lianes rampantes, chaleur lourde, épaisse, cent mètres de marche dans cette forêt inhospitalière et, nous sommes trempés jusqu’aux os , maintenant plus rien ne séchera.
Végétation luxuriante mais pourrissante au sol, senteurs diverses, des cris aigus, rauques d’oiseaux qu’on ne voit pas, ils sont